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Quand l’imagination ouvre un chemin

27 août
4 min de lecture

Dernière mise à jour : 1 sept.



Et si le changement pouvait parfois commencer avant même que nous soyons capables de le voir ou de le ressentir dans notre corps ?

 

L’histoire de Milton Erickson, l’un des grands pionniers de l’hypnose thérapeutique, illustre de manière fascinante le lien entre attention, imagination et expérience corporelle.

À la suite d’une grave poliomyélite, alors qu’il était presque entièrement paralysé, Erickson a développé une manière étonnante d’utiliser son imagination et ses souvenirs de mouvement pour accompagner sa récupération.

 

Elle nous invite à nous poser une question simple : que se passe-t-il lorsque nous portons notre attention, avec intention, sur ce que nous souhaitons retrouver ou

développer ?

 

Milton Erickson avait dix-sept ans lorsqu’il fut frappé par une forme particulièrement grave de poliomyélite, en 1919.

À cette époque, il n’existait pas les moyens de rééducation dont nous disposons aujourd’hui. Erickson fut si gravement atteint qu’il se retrouva presque entièrement paralysé. Il ne pouvait pratiquement plus bouger, à l’exception de ses yeux, et il avait beaucoup de difficultés à parler. Sa famille avait été prévenue qu’il risquait de mourir.

Pourtant, Milton Erickson va vivre une expérience qui marquera profondément toute son existence.

Alité, incapable de se déplacer, il commence à utiliser ce qui lui reste pleinement accessible : son attention, son imagination et sa capacité d’observation.

 

Il raconte notamment avoir demandé que son lit soit placé de manière à pouvoir observer le coucher du soleil. Un soir, alors qu’il était au plus mal et que les médecins pensaient qu’il ne passerait peut-être pas la nuit, il demanda à sa mère de tourner son lit vers la fenêtre afin qu’il puisse voir une dernière fois le soleil se coucher.

Alors qu’il regardait le soleil disparaître lentement à l’horizon, son attention se fixa de plus en plus intensément sur ce qu’il voyait. Peu à peu, le paysage sembla prendre toute la place. Les bruits, les sensations de son corps et tout ce qui l’entourait passèrent au second plan, comme si son attention « gommait » momentanément le reste de son expérience.

Cette absorption profonde de l’attention est souvent présentée comme l’une de ses premières expériences spontanées d’autohypnose. Il ne cherchait pas volontairement à entrer dans un état hypnotique : son attention, entièrement captée par le coucher de soleil, l’y conduisit naturellement. Alors qu’il pensait peut-être vivre ses derniers instants, il découvrit ainsi qu’il pouvait encore agir sur son expérience intérieure en dirigeant profondément son attention.

 

Puis, au fil de sa longue récupération, quelque chose d'étonnant se produisit.

Erickson commença à porter son attention sur les souvenirs corporels du mouvement.

Il se souvenait de ce que cela faisait de bouger ses doigts.

Il imaginait le mouvement.

Il retrouvait mentalement la sensation du muscle qui se contracte.

Puis il répétait intérieurement cette expérience, encore et encore.

Selon son propre récit, il ne cherchait pas à forcer son corps. Il cherchait plutôt à retrouver, par petites étapes, la sensation intérieure du mouvement.

Un mouvement minuscule apparaissait.

Alors il recommençait.

Il observait ce mouvement.

Il l'imaginait à nouveau.

Et progressivement, il cherchait à mobiliser davantage de muscles. Sa femme Elizabeth Erickson rapportera plus tard qu'il développait ainsi une forme de concentration mentale sur les mouvements minimaux, en les revivant mentalement de manière répétée.

Une autre chose fascinait Erickson : il observait sa petite sœur apprendre à marcher.

Il regardait comment elle déplaçait son poids.

Comment elle cherchait son équilibre.

Comment elle avançait un pied, perdait parfois l'équilibre, recommençait, puis progressait.

Il pouvait observer ce processus pendant des heures.

Et, à travers cette observation, il découvrait quelque chose d'essentiel : le mouvement pouvait être appris progressivement, par petites expériences successives.

Sa récupération fut longue. Elle ne fut pas miraculeuse et il conserva des séquelles physiques importantes de la poliomyélite. Mais il retrouva progressivement des capacités motrices, apprit à marcher avec des béquilles et poursuivit ensuite une rééducation physique intense.

Quelques années plus tard, il entreprit même un extraordinaire voyage en canoë pour continuer à renforcer son corps. La Fondation Milton H. Erickson rapporte qu'il parcourut environ 1 200 miles, soit près de 1 900 kilomètres.

 

Cette expérience personnelle allait profondément influencer le thérapeute qu'il deviendrait.

Erickson comprit que l'esprit pouvait influencer l'expérience du corps, notamment par l'attention, l'imagination, les sensations et les expériences hypnotiques.

Il ne considérait pas l'inconscient comme quelque chose qu'il fallait combattre. Au contraire, il le voyait comme un ensemble de ressources, d'apprentissages et de possibilités auxquelles on pouvait accéder de manière indirecte. C'est devenu l'un des fondements de son approche de l'hypnose thérapeutique.

 

L'histoire de Milton Erickson n'est donc pas simplement celle d'un homme qui aurait « guéri sa maladie par la pensée ».

C'est plutôt l'histoire d'un homme qui, confronté à une immobilité presque totale, a découvert qu'il lui restait une liberté essentielle : la possibilité de diriger son attention.

Il ne pouvait pas encore bouger son bras. Alors il pouvait imaginer le mouvement.

Il ne pouvait pas encore marcher. Alors il pouvait retrouver intérieurement la sensation de marcher.

Il ne pouvait pas encore utiliser pleinement son corps. Alors il pouvait l'observer, l'écouter et apprendre à reconnaître les plus petits signes de changement.

Et, petit à petit, le mouvement est revenu.

 

Cette histoire illustre une idée centrale de l'approche ericksonienne :

Ce que nous pouvons imaginer, ressentir et expérimenter intérieurement peut parfois devenir une première étape vers un changement réel.

 

La visualisation ne remplace pas la médecine ni la rééducation. Mais elle peut être utilisée comme un moyen de mobiliser l'attention, de renforcer une intention, de répéter mentalement une expérience et de créer une représentation intérieure du changement souhaité.

 

C'est peut-être là le véritable héritage de l'expérience d'Erickson : avant même que le corps puisse accomplir un mouvement, l'esprit peut parfois commencer par en retrouver le chemin.

 

Cette histoire me rappelle combien nous avons parfois tendance à sous-estimer nos ressources intérieures.

Bien sûr, l’imagination ne peut pas tout, et elle ne remplace ni la médecine ni les soins dont nous pouvons avoir besoin. Mais elle peut ouvrir un espace : celui où nous pouvons nous reconnecter à nos sensations, à nos capacités, à nos envies et à ce qui, en nous, cherche à avancer.

 

Peut-être que, parfois, le premier pas ne consiste pas à savoir exactement comment y arriver, mais simplement à commencer par imaginer que c’est possible.

 




Source : Milton H. Erickson & Ernest L. Rossi, “Autohypnotic Experiences of Milton H. Erickson”, American Journal of Clinical Hypnosis, vol. 20, 1977.

 
 
 

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